Le bus vide et le déclic
Je suis dans le bus. Je viens de quitter mon travail. Abandon de poste.
Une formation chez Armatis pour devenir conseiller clientèle EDF.
Ce matin, je n’étais pas dans mon assiette. Vide. Perdu. Comme si ma vie se construisait sans moi.
D’habitude, je prends ce bus aux heures où la ville s’agite. Le matin à 8 heures. Le soir à 17 heures. Des passagers serrés les uns contre les autres. Du bruit. Des téléphones qui sonnent. Des regards pressés.
Mais là, il est 11h30. Il n’y a presque personne.
Et c’est là, à ce moment précis, que tout a basculé.
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Je griffonne dans mon carnet, absorbé par mes pensées, par mes mots.
En face de moi, un petit garçon est assis contre la fenêtre. Brun. Cheveux mi-longs. La tête posée contre la vitre.
Son regard se perd dehors. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrive plus à détourner les yeux.
Il y a quelque chose chez lui. Une fatigue que je connais. Une tristesse aussi. Comme si je l’avais déjà rencontré quelque part.
À côté de moi, un vieux monsieur demande calmement : — Je peux m’asseoir ?
Je sursaute. Complètement plongé dans mon écriture, je n’avais pas vu le bus se remplir autour de moi. Tout à l’heure, il était presque vide. Maintenant, les sièges sont occupés, des gens sont debout dans l’allée. Le temps avait filé sans que je m’en aperçoive.
Quelques minutes plus tard, le bus approche de mon arrêt. Je demande au vieil homme de se décaler en m’excusant. Idiot — je l’avais fait s’asseoir pour le faire bouger juste après.


